Superposition de site

Projet communal, sur les 8 Ha au Nord de la ferme

A la fin du reportage de TVLux consacré à l’inauguration du verger conservatoire et mémoriel du Birel (voir tvlux.be, 19 juin 2025), l’échevin de l’urbanisme d’Arlon s’étonne de la mobilisation : « Il n’y a rien du tout de prévu à cet endroit là » ; il poursuit, non sans se contredire : « Il y a bien une étoile au schéma de développement communal (SDC) qui indique qu’il s’agit d’équipements communautaires pour y réaliser des infrastructures sportives ou des espaces verts, pas autre chose ». Mais, persistant dans sa contradiction, il conclut : « Il n’y a aucune raison de s’inquiéter pour cette zone-là ».

Pourtant, le SDC, adopté à l’unanimité par le Conseil communal d’Arlon en avril 2024, est très clair sur le sort que la Commune souhaite réserverau champ de 8 ha situé au nord du Birel, le désormais verger du Birel*. Et si les autorités locales se sont depuis lors ravisées, c’est tant mieux; dans ce cas, peut-être pourrait-on même se mettre à penser que notre mobilisation n’aura pas été totalement étrangère à ce revirement. Projet tué dans l’œuf! Restons toutefois lucides; notre confiance dans le personnel politique n’est pas ingénue et ce ne sont certainement pas les dénégations de l’échevin qui vont nous rassurer. Précisément parce que ce sont des paroles « en l’air » infirmées par des écrits explicites et précis.

Sous le titre « Trouver un site sur lequel localiser une infrastructure sportive de grand gabarit » (3.2.13 / MP13, page 132), le SDC énonce qu’Arlon veut se doter d’un nouveau stade de foot pour (je cite) « voir son influence rayonner au-delà de la commune ». Or, la parcelle qui abrite le stade actuel de La Jeunesse Lorraine Arlonaise ne permet pas d’extension, enclavée entre le chemin de fer et les voiries existantes. Par ailleurs, il est également précisé que l’entreprise FERRERO cherche à étendre son usine et que les terrains de foot actuels semblent tout indiqués pour cette extension.

Il faut donc faire place pour FERRERO et trouver un nouveau site pouvant accueillir « une infrastructure de grand gabarit ».

Le SDC poursuit en identifiant 5 sites potentiels :

• Les terres communales entre le centre culturel et l’hydrion. Cet espace réunit toutes les conditions, sauf qu’il se trouve en site de grand intérêt biologique, ce qui l’élimine d’office, selon le SDC.

• Certaines parcelles à l’Est des ateliers de Stockem, mais ces terres n’appartiennent pas à la ville et le SOL (2018) y prévoit des bureaux et services. Ce scénario est donc aussi écarté.

• Le long de la route projetée de contournement Sud de la ville, deux possibilités (proposition 2 et 4), qui supposent soit la modification du plan de secteur (zone agricole), soit l’adoption d’un schéma d’orientation locale (SOL). Ces terres n’appartiennent pas à la commune. Ces hypothèses ne sont pas non plus envisagées sérieusement puisque, contrairement aux parcelles du Birel, 1/ la proposition 4 n’est pas reprise, plus loin dans le SDC, sous la liste des SOL à adopter (voir les page 173 et suivantes) et 2/ les terres visées par la proposition 2 seraient affectées à une zone d’enjeu communal dont la description n’évoque nullement la construction d’infrastructures sportives de grand gabarit (p. 162, point 1)

Parmi les 5 sites potentiels ne subsiste donc en fait que la parcelle de 8 hectares au nord du Birel, situés dans le triangle entre la N4 et la route de Longwy. Ces terres n’appartiennent pas à la commune, elles sont propriété de la ferme du Birel, et sont en zone agricole au plan de secteur.

Or précisément, pour permettre la mise en œuvre du projet (construire les infrastructures sportives sur les terres du Birel), le SDC propose, en point 4.1. N01, le lancement par la Ville d’une procédure de modification du plan de secteur sur la parcelle concernée, afin de transformer la zone agricole en zone d’équipement collectif (voir pages 161 et 163, point 4).

La description de cette proposition est libellée comme suit : « Objectif d’urbaniser un îlot concerné par la future voirie de liaison et desserte Sud de la ville et qui est déjà enclavé entre deux zones d’habitat. Il pourrait accueillir des infrastructures de services publics et des équipements communautaires ». Le bleu clair qui recouvre la parcelle des 8 ha dans la situation projetée est bien celle « des services publics et équipements communautaires », catégorie qui vise notamment les infrastructures sportives, autrement dit, le stade de foot. A noter, au passage, que la parcelle n’est pas à proprement parler « enclavée » (tout son flanc sud est ouvert et contigu à des terres agricoles) et que le terme « urbaniser » énoncé dans la description semble exclure l’hypothèse émise par l’échevin d’y créer des espaces verts, hypothèse dont on ne trouve par ailleurs aucune trace dans le SDC.

Bien évidemment, ces dispositions du SDC ne lieront pas le Gouvernement wallon, qui est l’instance de décision sur un changement d’affectation au plan de secteur, mais si la commune annonce qu’elle va demander pareil changement, c’est que là est bien son intention. Et bien évidemment, aucune procédure d’expropriation n’est encore entamée, puisque pour pouvoir exproprier, il faut pouvoir justifier d’une utilité publique et que celle-ci ne pourra être avancée qu’une fois initiée la procédure de modification d’affectation au plan de secteur.

Mais le projet n’est, pour autant, ni vague ni éloigné, puisque sa programmation est envisagée, dans le SDC, à « court terme » (moins de 5 ans) (page 133).

La préférence de la commune pour le Birel Nord comme lieu d’accueil du nouveau stade ressort également d’une autre disposition du SDC. À propos des nouvelles limites de la Ville (page 114), le SDC énonce ceci : « Les entrées Sud, situées au niveau du double futur carrefour de la N4 et la N81 avec la voirie de desserte Sud, apparaissent comme un enjeu important pour l’image d’Arlon. En effet, à cet endroit, il n’existe actuellement aucun aménagement et l’accès à la ville se fait via des voiries régionales. En intégrant les ambitieuses modifications du plan de secteur suggérées à cet endroit, l’accès Sud de la ville pourra proposer une image plus avenante d’actuellement ». Or, la seule modification du plan de secteur envisagée à cet endroit est celle qui vise à permettre la construction du stade sur les 8 ha de terre face à la ferme.

Sur la carte des mesures de gestion et de programmation, bien que 4 points bleus indiquent les 4 sites envisagés pour accueillir l’infrastructure sportive de grand gabarit, seules les terres au nord du Birel sont coloriées en bleu clair, couleur de la nouvelle affectation projetée de « services publics et équipements communautaires ». Cette carte confirme donc la préférence énoncée plus.

* Les 8 ha au Nord de la ferme sont des terres en zone agricole. Il ne faut pas les confondre (comme le fait la présentatrice de TVLux) avec les terres qui se trouvent de l’autre côté du chemin de fer, partiellement en zone agricole, partiellement en zone d’habitat, qui ont fait/font l’objet de projet d’urbanisation différents (les projets « Colle », « Lot Invest », et Belarpa notamment); nous clarifierons, dans un prochain post, le statut de chacun de ces projets qui constituent tous, à des degrés divers, une menace pour la vallée de Clairefontaine et l’activité pastorale qu’elle abrite.